MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES EN ASIE DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XXE SIÈCLE - LE MUSÉE ALBERT SARRAUT À PHNOM PENH ET LE MUSÉE DU

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Enseignants, Chercheurs, Experts sur l Asie et le Pacifique Scholars, Professors and Experts on Asia and the Pacific MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES EN ASIE DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XXE SIÈCLE - LE MUSÉE ALBERT SARRAUT À PHNOM PENH ET LE MUSÉE DU GOUVERNEMENT GÉNÉRAL À SÉOUL Yoshinori Ichikawa Cité Internationale Universitaire de Paris Thématique C : Patrimoine culturel - Enjeux et Theme C: Cultural Heritage - Issues and Metamorphoses Atelier 03 : Patrimonialisations coloniales : Approches transversales - Enjeux et Workshop 03 : Colonial heritagisation : A cross disciplinary approach - Issues and metamorphoses 4 ème Congrès du Réseau Asie & Pacifique 4 th Congress of the Asia & Pacific Network sept. 2011, Paris, France École nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville Centre de conférences du Ministère des Affaires étrangères et européennes 2011 Yoshinori Ichikawa Protection des documents / Document use rights Les utilisateurs du site s'engagent à respecter les règles de propriété intellectuelle des divers contenus proposés sur le site (loi n du 1er juillet 1992, JO du 3 juillet). En particulier, tous les textes, sons, cartes ou images du 4 ème Congrès, sont soumis aux lois du droit d auteur. Leur utilisation, autorisée pour un usage non commercial, requiert cependant la mention des sources complètes et celle des nom et prénom de l'auteur. The users of the website are allowed to download and copy the materials of textual and multimedia information (sound, image, text, etc.) in the Web site, in particular documents of the 4 th Congress, for their own personal, non-commercial use, or for classroom use, subject to the condition that any use should be accompanied by an acknowledgement of the source, citing the uniform resource locator (URL) of the page, name & first name of the authors (Title of the material, author, URL). Responsabilité des auteurs / Responsability of the authors Les idées et opinions exprimées dans les documents engagent la seule responsabilité de leurs auteurs. Any opinions expressed are those of the authors and do.not involve the responsibility of the Congress' Organization Committee. MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES EN ASIE DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XXE SIÈCLE - LE MUSÉE ALBERT SARRAUT À PHNOM PENH ET LE MUSÉE DU GOUVERNEMENT GÉNÉRAL À SÉOUL Yoshinori Ichikawa Cité Internationale Universitaire de Paris 1. Introduction Pour une étude sur les «patrimonialisations coloniales», les recherches des institutions universitaires, des chercheurs ou des sociétés archéologiques me semblent se renfermer dans leurs univers clos et assez confidentiels, alors que l influence des chercheurs qui supervisent les musées n est pas négligeable. La constitution du musée manifeste le dessein des dominateurs d exposer leur colonie au public. Pour montrer l histoire de la société coloniale, les musées semblent être de bons objets de recherche. Selon l «Imagined Communities» de Benedict ANDERSON, le musée est une des trois institutions, avec le recensement et la carte, qui «ont été profondément marqués par la façon dont l Etat colonial imaginait sa domination : la légitimité de son ascendance.» 1 Ce chercheur américain, spécialiste de l Indonésie, continue : «[ ] à ceux qu intéresse l histoire comparée, l Asie du Sud-Est offre des avantages particuliers, puisque, outre le Siam qui n a jamais été colonisé, elle comprend des territoires colonisés par la quasi-totalité des puissances impériales blanches.» 2 La présente communication concerne les musées dans les colonies. J élargis l échelle de la comparaison en Asie orientale et particulièrement avec deux établissements : le Musée Albert Sarraut à Phnom-Penh en Indochine française et le Musée du gouvernement général de Chosen à Seoul en Corée sous l occupation japonaise. Cet élargissement permet d introduire le musée fondé par le colonisateur jaune. Je cherche à savoir quelles particularités possède chaque institution. Le but de ce travail est de démontrer les points communs et les différences entre ces deux musées pour contribuer à établir les caractéristiques générales du «musée colonial». La spécificité française des musées coloniaux est déjà mentionnée par Nélia DIAS, anthropologue portugaise : «L un des traits distinctifs de la situation française réside dans la constitution tardive de musées coloniaux, que ce soit dans les colonies, eu égard aux autres pays européens, notamment l Angleterre. De plus, en fonction des régions géographiques, le modèle implanté varie considérablement ; [ ] On relève donc une orientation exclusivement classique des activités scientifiques françaises en Asie et sur l Asie (le musée Guimet à Paris en constitue un bon exemple), à la différence de l Afrique noire où l orientation des recherches, à partir des années 1930, est de nature plus ethnographique. 3» Cette remarque justifie les études comparatives de ces deux musées archéologiques en Asie. 2. Cadres historiques similaires : 1 Benedict ANDERSON, (traduit en français par Pierre-Emmanuel DAUZAT), L'imaginaire national, Ed. la Découverte, 2002, p Ibid., p Nélia DIAS : «Musées et colonialisme : entre passé et présent», in Sous la direction de Dominique TAFFIN Du musée colonial au musée des cultures du monde, Paris, Maisonneuve et Larose, 2000, pp Yoshinori Ichikawa / 2 -Chosen Sotokufu Hakubutsukan (le Musée du gouvernement général, Séoul) En 1915, pour l exposition du 5 ème anniversaire de l Annexion de la Corée par le Japon, un pavillon est construit à l intérieur du palais de Keifukukyu (Gyeongbokgung), qui veut dire en français Palais du bonheur resplendissant. A la fin de l exposition, ce pavillon est transféré au musée 4 avec trois bâtiments traditionnels du palais. Le premier bulletin du musée, publié en avril 1926, indique les défauts du musée, écrit sans doute par son personnel : «Bien que nous demandions l agrandissement du musée tous les ans depuis l ouverture, il n est pas encore réalisé. Nous sommes obligés d utiliser les trois bâtiments sans protection contre le feu comme des galeries. Pour la politique culturelle en péninsule, l état du musée est honteux. Cependant nous avons réalisé des recherches scientifiques sur des tumulus qui n ont jamais été faites en métropole. Elles clarifient la civilisation de deux millénaires. Nous exposons des reliques avec les explications. Il est certain que nos collections sont célèbres dans le monde entier.» 5 Selon la revue mensuelle du gouvernement général : Le principe des objets de sa collection a été fouillé par Koseki Chosa (l Enquête archéologique). Egalement, des peintures et des calligraphies acquises, des objets archéologiques légués à l Etat et dons des particuliers et des temples sont exposés 6. D après les albums archéologiques, publiés par le gouvernement général, l origine de cette enquête archéologique se trouve dans la demande des enquêtes sur des bâtiments historiques par le gouvernement coréen en septembre 1909 avant l Annexion. Tadashi SEKINO, architecte et son équipe s en occupent. En 1910, à la suite de l Annexion, le gouvernement général poursuit cette entreprise. L objet des enquêtes est élargi : les symboles historiques et les arts exemplaires 7. -Le Musée Albert Sarraut à Phnom-Penh Son histoire a été récemment décrite par Jean-Pierre DUCREST 8. Auparavant un musée Khmer existait depuis 1905 à Phnom Penh. Cependant il est plus modeste que le grand musée indochinois de Hanoï à cette époque. En 1909, le musée de Phnom Penh s installe au lycée Sisovath avec une collection de cent cinquante sculptures des fouilles d Angkor. La première pierre est posée en 1917 et les travaux durent jusqu en En 1918, une partie du musée est ouverte au public avec le nom de «musée du Cambodge». Ensuite il est baptisé «musée Albert Sarraut» en l honneur du Gouverneur général de l Indochine au moment de l inauguration officielle du 13 avril 1920, jour du Nouvel An khmer. Au début des années 1910, Henri PARMENTIER parle du caractère du musée khmer de Phnom Penh dans son catalogue : «[Ce musée] est plutôt une sorte de lieu d'asile: il réunit en effet seulement des pièces anciennes que le hasard de la ruine ou des déprédations plus ou moins 4 Egalement le musée de Tokyo commence par un pavillon construit pour une exposition. 5 Hakubutsukan ho(bulletin du musée), 1(1), 1926, p Chosen Sotokufu Hakubutsukan Gaiyo (Aperçu du musée du gouvernement général de Corée), collection de Toyo Bunko (Oriental Library) à Tokyo. 7 Chosen Sotokufu (Gouvernement général de Corée) : Préface, dans Chosen Koseki Zufu (Albums archéologiques de Corée), vol. 1, p Jean-Pierre DUCREST, «Histoire du musée», dans Nadine DALSHEIMER Les collections du musée national de Phnom Penh : l'art du Cambodge ancien, Magellan, 2001, pp Yoshinori Ichikawa / 3 intelligentes ont arrachées aux ensembles pour lesquels elles avaient été exécutées, ou d'autres que leur isolement exposait à une disparition prochaine». 9 Avant des établissements de ces deux musées, les enquêtes archéologiques ont été entreprises dans les deux péninsules. Un des principaux objectifs de ces musées est de réunir les résultats des fouilles. 3. Des paysages différents Ayant vu le début de ces deux institutions et leurs préhistoires, nous allons les observer à partir du paysage urbain. -Chosen Sotokufu Hakubutsukan (le Musée du gouvernement général) Au palais de Keifukukyu (Gyeongbokgung), dont la surface est de 35 ha, quatorze hectares sont consacrés au terrain du musée. Ce palais se situe au nord de Séoul. Il est construit à la fin du XIVème siècle puis reconstruit au milieu du XIXème siècle, c'est le principal palais des cinq grands palais construits sous la dynastie Joseon ( ). Le bâtiment principal du musée, construit pour l exposition, est à un étage en brique. Sa surface totale est 425 mètres carrés. Les trois autres bâtiments traditionnels, convertis en musée, sont des immeubles sans étage en bois. Parmi eux, Kinseiden (Geunjeongjeon) est construit par le régent Heungseon DAEWONGUN en Avec mètres carrés (le bâtiment et son corridor), il est la plus grande construction en bois dans la péninsule à cette époque. Le document du gouvernement général estime ces constructions : «Kinseiden est magnifique avec ses énormes piliers décorés, son patio, ses marchés de pierre et ses balustrades de pierres. Il est un modèle de l édification coréenne. Les autres constructions sont également précieuses, mais il n y a rien à signaler pour l usage du musée» 10. Le bâtiment principal du musée est construit à la manière occidentale. Mais sa taille, construite par le colonisateur japonais, n est pas dominante parmi les grandes constructions indigènes en bois converties en galerie. Comme indiqué déjà, le problème financier existe, mais les Japonais n édifient pas le musée à la manière traditionnelle coréenne ni japonaise. -Le Musée Albert Sarraut à Phnom-Penh Ce musée se situe au nord du Palais royal, devant l ancien site de crémation royal, luimême bordé par l émissaire du Tonlé Sap. Les bâtiments sont inspirés de l architecture khmère traditionnelle, avec colonnades, toits étagés et flèches. C est une œuvre de George GROSLIER et de l équipe de l Ecole des arts cambodgiens. Il contient mètres carrés de galeries et sa surface totale est mètres carrés. De plan rectangulaire (66m x 54m), l édifice est dominé par une flèche centrale qui culmine à 38 mètres. Son beau patio entouré de quatre vastes salles donne sur un jardin orné de quatre bassins de lotus. Les deux musées se situent dans des anciens palais royaux. Contrairement au bâtiment pauvre et sans intérêt du musée à Séoul, celui du Cambodge est magnifiquement 9 Henri PARMENTIER, «Catalogue du Musée khmèr de Phnom Péñ», dans Bulletin de l'ecole française d'extrême-orient. Tome 12, pp Selon lui le musée doit être «un groupement de pièces destinées à faire connaître, par des exemples soigneusement choisis, les caractéristiques d'un art et ses plus grandes beautés.» (Ibid.) 10 Japan Center for Asian Historical Records, B , consulté le 5 septembre Yoshinori Ichikawa / 4 construit par G. GROSLIER, artiste français influencé par la civilisation indochinoise. Ce musée réussit à montrer la gloire de la France dans sa colonie. L activité de cet artiste est visible dans l organisation du musée. 4. Leurs attitudes envers les patrimoines coloniaux -Le Musée Albert Sarraut à Phnom-Penh Le musée n est pas construit isolé dans le palais. Le Roi SISOWATH crée la Manufacture royale en En 1912 G. GROSLIER participe à l ouverture de l Ecole des Arts décoratifs, une section professionnelle au sein de cette Manufacture. En décembre 1917, il la transforme en École des Arts cambodgiens. Le musée et l école sont conçus dans un même ensemble architectural baptisé par GROSLIER le «Bloc des Arts» 11. Cette école est un lieu de transmission du savoir-faire des anciens «maîtres» vers les apprentis artisans du pays. Les vieux maîtres forment des élèves avec la tradition et le goût moderne. L école n accueille que des étudiants cambodgiens, aucun élève français n est admis. Selon les archives de l EFEO : «L école des arts cambodgiens de Phnom Penh comprend six ateliers d arts divers : 155 élèves dont 20 [en] tissages. Elle a étudié et lancé dans la circulation 217 modèles d art cambodgien et plus de 500 moulages. Elle a formé 77 artisans inscrits aux Corporations Cambodgiennes et en pleine production à Phnom Penh et 16 artisans retournés dans leurs provinces. Elle a ouvert deux ateliers annexes, l un à Kompong Chhnang pour l enluminure des poteries, l autre à Pursat pour la sculpture des marbres de cette région» 12. L attitude des Français envers l art cambodgien est plus claire dans l organisation de l école que celle du musée. Dans l enseignement de son école, G. GROSLIER refuse toute influence occidentale et prévoit de «ne faire que de l art cambodgien et le faire en cambodgien». 13 Nous remarquons l'attitude double des Français envers la civilisation locale. -Chosen Sotokufu Hakubutsukan (le Musée du gouvernement général) Dans les publications sur le musée par le gouvernement général, nous trouvons des lignes insistant sur des similitudes entre la Corée et le Japon à plusieurs reprises. Par exemple le guide du musée de Séoul dit : «La Corée, située entre la Chine et le Japon, possède une civilisation particulière. Notre musée prétend faire connaître sa civilisation en montrant des objets et en reconnaissant leur relation étroite [ ]» 14 Cette assimilation entre la métropole et la colonie semble être soulignée de plus en plus. Et la création de l Annexe du musée du gouvernement général à Fuyo (Puyo) en 1939 est un bon exemple de cette politique d identification. Dans son guide, nous trouvons très souvent les lignes qui insistent sur les points 11 Gabrielle ABBE, La «rénovation des arts cambodgiens». George Groslier et le Service des arts, , 2008, Consulté le 5 septembre Le service des arts cambodgiens [1927], Dossier 12 Musée Albert Sarraut à Phnon-Penh , Carton 11, Archives de l Ecole Française d Extrême-Orient. 13 Selon G. ABBE, de nombreuses écoles d art créées en Indochine durant la période coloniale offrent deux types d enseignement : des traditions locales et innovations techniques occidentales. Les arts occidentaux sont également enseignés dans les autres écoles mais ils sont bien distingués des arts indigènes. 14 Hakubutsukan ryaku annnai (Petit guide du musée), p. 2, collection de Toyo Bunko (Oriental Library) à Tokyo. Yoshinori Ichikawa / 5 communs dans histoire de l archipel et la péninsule. Sa préface parle du but de cette annexe : «Fuyo est le lieu sacré de Naisen Ittai (faire des Coréens des Japonais à part entière). Il est très connu que [le royaume de] Kudara (Baekje) a une relation très étroite avec le Japon» 15. Dans l explication sur les outils de pierre : «Ils [les outils de pierre coréens] sont tout à fait du même style que ceux trouvés en métropole. On peut constater que Kudara (Baekje) et le Japon appartenaient à la même civilisation» 16. En tant qu institution éducative, le musée est utilisé dans un objectif politique, l assimilation des civilisations au fur et à mesure que le Japon s isole au monde. 5. En guise de conclusion Nous venons d examiner un point commun et deux points différents entre ces deux musées coloniaux. Les deux établissements sont fondés dans les conditions historiques semblables. Egalement tous les deux se situent dans des palais anciens. Les efforts des puissances coloniales se tournent vers la mise en valeur du patrimoine colonial, utilisée comme vitrine de l action culturelle. Cependant leurs architectures dans les paysages urbains sont assez différentes. Il ne faut pas oublier que les conditions financières ne sont pas les mêmes. Comme fondateur de l Ecole des arts cambodgiens qui fait naître le musée, architecte et conservateur du musée, le service de Georges GROSLIER ne doit pas être sous-estimé. Toutefois, nous pouvons constater la grande différence : les Français considèrent les indigènes «eux» et les Japonais «nous». La politique de l assimilation japonaise est renforcée au fur et à mesure que la Seconde Guerre mondiale s approche. La différence des relations métropole-colonie entre française et japonaise est indiquée par Pierre-François SOUYRI 17. Comme cette relation, le musée fondé par colonisateur jaune est différente de celui du colonisateur blanc. 15 Fuyo bunkan ryaku annnai (Petit guide de l annexe de Puyo), p. 1, collection de Toyo Bunko (Oriental Library) à Tokyo. 16 Ibid., p «Les colonies qu il [le Japon] développe sont contiguës à l archipel. [ ] le Japon en Corée ressemble plus à l Angleterre en Irlande qu à la France en Indochine.» Pierre-François SOUYRI, «La colonisation japonaise : un colonialisme moderne mais non occidental», dans Marc FERRO (dir. de), Le livre noir du colonialisme, Hachette livre, 2008, pp Yoshinori Ichikawa / 6
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